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SkwalZone.org(Fr) : Présentation : Interview Manuel Jammes (inventeur du skwal)

Interview de Manuel Jammes (NDLR : prononcer " jame ")
Ecole de ski international - Ozone
Les Orres, 26 décembre 2002
Par Manuel Rozier de Linage alias Zarkod

Je l'avais croisé plusieurs fois, mon SK200 à la main, et j'avais vu ses skwals Thias alignés dans le magasin de mon pote Jean-Luc à Risoul. Manuel Jammes avait participé aux tous débuts du skwal d'après ce que j'avais entendu dire.
La petite phrase laconique " Le brevet du Skwal™ a été déposé par Patrick Balmain, Manuel Jammes sous le n° WO 93/22013 " du site http://www.thias.com me titillait un peu trop.
Comme plus communément Patrick Balmain est connu pour en être l'inventeur, je tenais à réaliser cette interview de Manuel afin d'en apprendre un peu plus.

Profitant de mes congés de fin d'année, je file donc rejoindre mon chalet à Risoul, bien décidé à profiter de l'occasion pour voir Manuel.
Mon pote Jean-Luc m'indique que depuis cette saison, Manuel n'est plus à Risoul mais aux Orres.

Les Orres en Panoramique

Après un petit coup de fil, le rendez-vous est fixé pendant la pause repas entre deux cours de ski. Nous nous installons dans l'arrière boutique de l'ESI des Orres, les skwals en nombre trônent fièrement dans la baignoire!!
Plusieurs moniteurs de l'ESI sont en pause sieste pendant l'interview, top départ :

Manuel devant l'ESI

Zarkod : Salut Manu , puisque c'est comme ça que tout le monde t'appelle apparemment.
Tu n'es pas très connu dans le domaine du skwal et pourtant tu en es l'inventeur avec Patrick Balmain. Avant de passer aux questions liées plus spécifiquement au skwal, peux-tu nous faire un petit résumé de ta carrière dans le ski ? Actuellement tu es moniteur à l'école de ski internationale des Orres, as-tu toujours été dans la région?

Manu : J'ai passé 20 ans de ma vie au club méditerranée. J'ai commencé par enseigner la voile avant d'enseigner le ski. Avant ça, j'habitais à Guillestre, et puis je suis revenu dans la région après avoir quitté le club et j'ai fait quelques saisons, (…) 17 saisons à Risoul!
On a créé l'école de ski, et puis là... Des histoires avec les moniteurs et tout ça, et maintenant je me retrouve dans cette école aux Orres, superbe petite école des Orres!

Zarkod : On dit que tu es un peu le " géo trouvetou " des neiges, je me souviens avoir vu un reportage télévisé sur toi dans lequel tu donnais des cours de ski avec une grande glace dans le dos pour que tes élèves puissent corriger leurs défauts! As-tu d'autres inventions aussi lumineuses et excentriques dans ta besace ?

Manu : Mais naturellement!
Donc il faut que je fasse une petite liste…
J'avais commencé par déposer des bâtons de ski…

Zarkod : ... Tu as déposé des brevets?

Manu : ... Il y a des trucs que je n'ai pas déposés mais enfin les bâtons de ski, je les ai déposés. C'est quand en slalom, par exemple, ou à ski de fond tu plantes le bâton, la pointe s'enfonce jusqu'à la rondelle. Si la neige est dure, ça te retient le bras en arrière, ça casse la pointe éventuellement. Donc, j'avais une rondelle avec 3 griffes autour et une rotule au milieu. Les 3 griffes se mettaient à plat quelle que soit la position du bâton et le bâton il avançait en pivotant sur la rotule, ça ne retenait pas le bras. J'ai déposé ça et Kerma voulait me l'acheter ce brevet, mais je lui ai dit " non, je préfère toucher les dividendes et tout si vous en vendez beaucoup " (rires) Mais ça, il a laissé tomber après, mais enfin ça aurait pu le faire !

Zarkod : Et comme ça, tu as des brevets qu'on t'a achetés ?

Manu : On ne m'a jamais rien acheté nan! (Rires)
Le miroir c'est le dernier truc, tu connais...
La perche pour tenir les gosses par la taille, une ceinture qui pivote autour de la taille du gamin. Tu peux lui tourner autour en le tenant éloigné de tes skis quoi. Donc tu peux le retenir à la descente, le retenir derrière toi, il se retient sur la perche, tu vois. Il y a un truc qui appuie sur son ventre ou dans son dos, il ne te dépasse pas, il peut t'imiter. Parce que le tenir en laisse c'est bien joli mais il ne te voit pas.
Tandis que s'il est tenu par la perche derrière toi, il peut suivre ta trace en te regardant, c'est plus intéressant. Tu peux même le retenir s'il est en train de tomber, tu peux skier latéralement à côté de lui en le tenant par la perche.
Quoi encore d'autre?
J'ai fait un compteur de vitesse sur ski. Je l'avais fait aussi pour le skwal pour faire des démonstrations devant la télé.
(NDLR : petite aparté sur le KL à Vars que je ne retranscris pas ici )
C'est pas mal le skwal pour la vitesse...
Ce compteur de vitesse, c'était un badin d'avion, que j'avais mis sur un support qui était devant la chaussure et on voyait l'aiguille au niveau du genou, on voyait l'aiguille bouhouhou (bruit du vent)! C'était super! (rires)
Pour le ski... Les spatules asymétriques, j'ai déposé un brevet là. Je l'ai fait un mois après Lange. Les spatules qui se rejoignent pour passer en slalom, tu sais lorsqu'on voit des gars avec des cornes là au bout des skis de slalom pour diminuer les risques d'enfourchages. Avant qu'il y ait des cornes j'avais déposé ça, mais y a 30 ans! Pour avoir plus de chances de passer du bon côté quoi. Les deux skis étaient fait asymétriquement.

J'ai déposé le brevet du skwal 2 mois avant Patrick Balmain donc j'avais toute antériorité, surtout qu'il était bien mieux déposé que le sien et tout, donc quand il en a eu vent…

Zarkod : ... Et là, je peux trouver ton brevet avec la référence ? [voir le brevet]

Manu : Maintenant il est peut-être tombé dans le domaine public, il est peut être encore visible mais sans doute dans le domaine public, à moins qu'ils ne continuent de payer des redevances, que Patrick Balmain continue, puisque je leur ai cédé moi, le brevet contre des actions ; donc il ne m'appartient pas, c'est moi qui l'ai fait mais il ne m'appartient plus.

Zarkod : Travailles-tu ton look de savant fou?

Manu : Lala la eh! Tu déconnes là? (l'air fâché)
Non pas du tout! Je ne le travaille pas en tout cas. Si tu trouves que je l'ai, c'est sans travail, ça pousse tout seul! C'est pas de ma faute (rires). C'est les autres qui travaillent leur look en coupant les poils superflus et tout, pas moi!

Zarkod : A quand remonte la conception de ta première planche de skwal ?

Manu : Hiver 92, c'est là que j'ai fait les premiers essais avec un ski de descente qui avait rien à voir avec le skwal puisque les carres étaient parallèles quoi. C'était histoire de voir si c'était facile.

Zarkod : …Des skis plus larges quand même non ?

Manu : A peine, c'était pas la peine qu'ils soient larges. J'ai fait ça sur plusieurs skis pour voir ce que ça donnait mais ça allait très bien quoi.
Et un pied l'un devant l'autre sur un ski étroit c'est vachement facile finalement.
Donc je me suis dit " ça va très bien ".

Zarkod : …Ça veut dire qu'on peut s'en fabriquer avec des skis alors ?

Manu : Avec une bonne paire de skis de carving actuelle là…

Zarkod : ... On pourrait faire de bons skwals ?

Manu : Ça serait super, ça marcherait très bien.
Faudrait essayer, et j'ai toujours préconisé de faire des skwals beaucoup plus étroits que ce qu'ils sont maintenant! Parce que ça accrocherait mieux, ce serait plus intéressant et ce serait surtout beaucoup plus joli. Esthétiquement ce serait plus joli de voir un gars sur un truc très fin, ce serait plus chouette. Ça tiendrait mieux sur la glace, ça accrocherait encore mieux quoi.
Enfin, il faut quand même qu'il y ait la largeur de la chaussure pour ne pas que ça touche par terre dans les virages mais autrement...

Zarkod : Comment as-tu fabriqué la première planche en fait ?

Manu : Alors moi j'ai rien fabriqué du tout, j'ai pris comme je te dis des skis qui existaient, j'ai mis deux fixations l'une derrière l'autre, je me suis rendu compte que ça marchait. Je me suis dit, maintenant, il faut faire une courbure de champ qui induise les virages, comme on commençait à le voir avec les surfs de piste, les surfs alpins. Je me suis dit, les surfs alpins sont en train d'évoluer vers ce truc-là, puisqu'ils sont en train réduire de la largeur et tout ça, il faut tout de suite aller au but et faire un truc les pieds l'un devant l'autre très étroit, et voilà ; bien marqué pour faire des courbes induites par la courbure des champs, donc une taille de guêpe bien prononcée. Donc j'ai déposé le brevet d'un " skwal " (NDLR : le mot skwal a été inventé par Thias), d'un engin de glisse comme ça, à patin très étroit et relativement plus long que ce qui a été fait maintenant.

Zarkod : …Mais quand tu parles de ton proto qui est chez toi là...

Manu : Ah non! Le proto, ça c'est le proto Lacroix. C'est à dire que c'est Lacroix qui a fait le premier modèle à partir de mon brevet et des conseils de Patrick Balmain - puisqu'il était avec Lacroix à ce moment-là - (NDLR : Balmain était chez Lacroix avant que Manuel Jammes ne les rejoignent) et ils ont fait ce prototype...
Donc j'ai le premier modèle, j'ai eu le numéro 00, parce que je suis allé voir Lacroix, Balmain n'était pas là, j'ai dit "c'est moi qui ai le brevet, tout ça... Ah c'est ça qu'il a fait Balmain, ben c'est à moi, donnez-le-moi!" Et je suis parti avec sous le bras! (Rires)

Zarkod : Et il y a eu plusieurs protos ?

Manu : Il y a eu des petits essais, à ce moment là c'est Patrick Balmain qui s'occupait du développement, des essais et tout ça. Je suis pas tout à fait d'accord avec ce qu'il a essayé, j'aurais bien aimé participer, mais enfin je faisais des saisons d'hiver. Je me suis pas accroché au truc quoi.

Zarkod : Et après quand le premier Lacroix est sorti, c'était quel modèle ?

Manu : Alors comment s'appelait-il? Ça a commencé à s'appeler skwal, et il y a eu le Contest…

Zarkod : Mais il y en a un autre plus large, le SK3000 pour la poudre peut-être ?

Manu : Ça, c'était une connerie monumentale. On pourrait faire un skwal qui marche très bien dans la poudre, il faudrait qu'il soit très étroit sous le patin, très large en spatule, très large en talon et long, il sortirait. Ce serait génial quoi. (NDLR : Manu n'a pas le Freecarve 180 qui se rapproche le plus de sa description, je pense)

(NDLR : Intervention de Laurent également moniteur à l'ESI des Orres, qui se trouvait dans la pièce)

Laurent : Moi je me suis bien éclaté avec mon skwal en poudreuse, ça marche bien...

Manu : Non ça marche pas très bien…, tu parles duquel ?

Laurent : Le premier que j'avais là, le sérigraphié (SK200)

Manu : Ça ne marche pas très bien, mais t'es fort toi !

Laurent : Oui évidemment il faut y aller, il faut foncer hein !

Manu : Faut aller vite quoi…

Zarkod : Le problème c'est que si tu tombes, tu ne repars plus.

Laurent : Moi j'avais des bâtons télescopiques, en plus c'est pratique pour les bosses. Mais tu te mets plus d'ondulation et tu es moins penché dans la poudreuse.

Manu : Quand on est doué, on s'adapte à tous les types de matériel de toutes façons. Moi je trouve qu'il faut être un peu doué quand même avec les skwals actuels pour aller dans la poudre. Il faut attaquer, il faut s'engager et tout…

Zarkod : C'est sûr que vous pouvez comparer, comme vous avez tous les modèles, s'il y a des gens qui veulent un peu tester la gamme…

Manu : Ouais, ben écoute, je vais même essayer de téléphoner à Bertrand qu'il m'envoie ce qu'il me doit parce que l'année dernière il ne m'en a pas envoyé…
(NDLR : ça fait partie de l'accord entre Thias et Manu, il doit recevoir les derniers modèles)

Zarkod : Étais-tu satisfait des performances du proto numéro 1 ?

Manu : Oui, oui, bien sûr! J'étais content, c'était très bien.

Zarkod : Dans nos forums Internet, les skwaleurs comparent le skwal à la moto et au ski nautique, as-tu un avis là-dessus ? Tu as déjà fait du ski nautique ?

Manu : J'ai fait du ski nautique, du mono-ski aussi, c'est vrai que ça a beaucoup de similitudes avec ce qu'on fait en moto ou à ski nautique. C'est vrai qu'il y a pas de dérapage non plus à ski nautique. C'est impossible de déraper à ski nautique même vu qu'il y a une dérive!
Ça ressemble beaucoup de ce côté-là.

Zarkod : Lorsque tu as essayé le " skwal " les premières fois, as-tu imaginé que cet engin avait le potentiel pour un véritable marché.

Manu : Ah oui! Moi j'ai cru tout de suite que ça allait marcher beaucoup mieux que ça n'a marché. Mais j'ai l'impression même, que ce que j'avais l'intention de fabriquer marcherait beaucoup mieux que ce qu'a fait Thias. Malheureusement. Je n'ai pas su imposer mes idées.

Zarkod : Tu crois pas que le fait qu'en skwal tu fasses des courbes en remontant la pente c'est incompatible avec les autres types de glisse? C'est vrai que c'est assez dangereux car cela va hyper vite.

Manu : Ça dépend du rayon de courbure. Si on a des rayons comme le Easy jungle qui fait 8 m, on ne va pas très vite, on peut faire des virages coupés courts et skwaler parmi les autres skieurs.

Zarkod : Vous avez eu la même idée en même temps avec Patrick Balmain à quelques massifs montagneux de différence en créant le skwal, je trouve ça un peu louche. Alors, entre nous, qui l'a inventé en premier, on le répètera pas, enfin juste sur Internet...

Manu : Lui il a tout de suite cherché à s'associer avec moi parce qu'il s'est dit " ça y est... "

Zarkod : …Comment s'est passée votre rencontre ?

Manu : C'est Lacroix qui s'est rendu compte que j'avais l'antériorité et quand Balmain est allé le voir, il a dit " je regrette Balmain, c'est monsieur Jammes qui a l'antériorité, je ne peux pas faire le contrat que vous me proposez. "

Zarkod : Mais lui effectivement, il a aussi déposé son brevet de son côté ?

Manu : Oui exactement.
Je pense qu'il n'a pas été au courant. C'est possible aussi qu'il l'ait su parce que j'ai fait plein d'essais à Risoul et on me voyait tout le temps sur un seul ski et peut être qu'il a eu vent de cette histoire, parce qu'on faisait partie de la même fédération, l'école de ski internationale. Mais bon je veux pas le savoir, je ne peux pas le croire...
J'en sais rien, mais... Mais qu'est ce que je disais là? (rires)

Zarkod : …Euh ouais?! Comment t'a-t-il contacté ?

Manu : Ah oui, ben donc il a su par Lacroix qu'il y avait une antériorité et il m'a contacté après. Parce qu'il s'est dit "je vais me faire avoir, il est en train de me piquer mon idée là". Je lui piquais pas, c'est lui qui me l'avait piqué ;-)
Et donc il m'a vite téléphoné en me disant "ça serait mieux qu'on s'arrange tous les deux qu'on travaille ensemble pour pas se tirer dans les pattes, pour faire affaire et qu'on développe ça tous les deux". Au départ moi j'ai dit " non, je préfère toucher les dividendes tout seul ;-) même si c'est toi le qui développe, que je touche les dividendes de mon brevet ". Et puis on s'est rendu compte quand on allait voir les constructeurs Rossignol, Salomon, et tout ça, ils voyaient d'un très mauvais oeil qu'on soit deux inventeurs différents en train de se tirer dans les pattes, donc ils ne voulaient pas se mettre en route et faire des protos.
Donc il a crée une société skwal Thias et il m'a demandé d'investir dedans en...

Zarkod : …il l'a créé alors que Lacroix existait encore ou...

Manu : Non. Lacroix était déjà en faillite il me semble.
Il s'est dit " on va faire une société skwal Thias "

Zarkod : Mais toi tu ne participais pas à skwal Thias ?

Manu : J'ai pas participé à la création de la société.
Mais il m'a demandé d'y venir en fournissant mon brevet, en lui donnant mon brevet contre un paquet d'actions, hein ! il m'a donné un paquet d'actions, pour une valeur de... Euh on s'en fout, je sais pas si tu vas le dire hein? (rires)

Zarkod : Ouais on s'en fout! (rires)

Manu : On s'en fout bon! (rires)

Zarkod : Perçois-tu des dividendes ?

Manu : Et non, il n'y a pas de dividendes puisqu'elle prend pas de valeur cette action, au contraire elle a perdu et on ne pouvait pas les monnayer au début, il fallait atteindre deux ans

Zarkod : Es-tu toujours en contact avec Thias ?

Manu : Et bien oui ma foi, on se téléphone de temps en temps.

Zarkod : Sais-tu ce qu'il est advenu des skwals Lacroix lors du dépôt de bilan ?

Manu : Non je sais pas où est passé le stock, je ne sais pas si c'est Patrick Balmain qui l'a récupéré ou si ça a été vendu. Je sais pas comment d'ailleurs.

Zarkod : Qui s'occupait des skwals chez Lacroix ?

Manu : Ah! Je me rappelle plus des noms des managers... C'est avec eux qu'on a signé les contrats et tout, mais... (NDLR: L'air ennuyé de ne plus trouver)
Je devais avoir 4% sur le chiffre de vente, c'était super quoi !

Zarkod : Continues-tu à suivre l'actualité du skwal ?

Manu : Oui de loin, de très loin…
Chaque fois que je les ai au téléphone.

Zarkod : Tu es allé voir le championnat d'Europe ?

Manu : Nan, nan même pas. Une fois on a organisé un skwal contest à Risoul, mais autrement ailleurs j'ai été les voir quand ils étaient à Vars, quand c'était dans le coin. Mais je n'ai pas participé aux courses.

Zarkod : As-tu testé le MonoCarver de Volkl ?

Manu : Non, je n'ai pas essayé...

Zarkod : ... Si quelqu'un veut t'en offrir un, qu'il l'envoie aux Orres alors! (rires)

Zarkod : Tu dis que tu n'es pas bien doué pour le skwal c'est un peu paradoxal pour l'inventeur non, comment ça s'explique ?

Manu : Nan mais attends là! (Un peu fâché) Je fais pas mal de skwal quand même! ;-)
Bon, mais je m'engage pas comme un jeune, et je me couche pas dans la neige comme un jeune l'oreille par terre c'est tout!

Zarkod : Tu disposes de la panoplie complète des skwals Thias, est-ce possible de venir aux Orres prendre des cours pour ceux qui veulent débuter ou essayer les différents modèles pour ceux qui sont déjà des inconditionnels.

Manu : Et ben oui! Il y a Laurent là qui se propose pour donner des cours, moi aussi je peux donner des cours à des élèves pas trop forts là, débutants... Ça irait... (rires) Je le fais de temps en temps d'ailleurs, j'en ai donné à Risoul souvent...

Zarkod : Et quand tu donnes des cours, tu utilises quel modèle ?

Manu : Les Easy jungle si possible.

Ici, le Easy 120

Zarkod : Mais tu n'en as qu'un, non ?

Manu : Moi j'ai 2 Easy jungle là. J'ai le rouge, le Fahrenheit, bon puis il y a les autres modèles 3 axes là, alors là, j'ai toujours pensé que c'était nul...

Zarkod : A priori c'est plutôt pour la poudre.

Manu : La poudre oui mais... Quand tu tournes à droite tu es sur le pied arrière, quand tu tournes à gauche tu es sur le pied avant, il y a ça d'écart entre les deux... C'est complètement asymétrique : c'est le contraire de l'esprit du skwal. Il faut appuyer sur les deux pieds, dans une courbe faut que la pression soit entre les deux pieds, un peu plus sur le pied avant. Impossible avec un trois axes puisque les pieds sont décalés l'un par rapport à l'autre...

Zarkod : ... Peut être que c'est une autre façon de glisser avec une technique différente.

Manu : Il doit y avoir moyen de s'adapter, avec une technique différente en passant d'un pied à l'autre, en faisant des mouvements d'avant en arrière... Je trouve que c'est contraire à l'esprit du skwal qui est fait pour que ce soit pur et en restant face au mouvement sans changer beaucoup de position. C'est ça l'esprit du skwal, enfin moi je trouve!

Zarkod : Tiens pendant que j'y suis, tu règles comment tes fixations de skwal ?

Manu : Le pied avant parfaitement dans l'axe et celui derrière très légèrement... à 5 degrés de l'axe quoi. Mais j'aimerais autant que ce soit exactement dans l'axe c'est pour que les genoux se cognent pas l'un dans l'autre, s'emboîtent pas trop (rires...)

Zarkod : Quel est ton modèle préféré ?

Manu : Pour enseigner le Easy jungle, pour moi je préfère le 173°F.

Zarkod : Les internautes semblent assez accro au Lacroix Contest mais il faut dire que les modèles Thias en location ne sont pas souvent les plus techniques, les modèles Thias Fahrenheit sont-ils proches du Lacroix Contest ?

Manu : Je crois que le rayon de courbure est un peu plus court sur le Fahrenheit, on pourrait les mettre côte à côte là, il est plus souple...

Zarkod : ... Ce que tout le monde trouve bien avec le Contest c'est qu'il est très rigide...

Manu : Moi je vois pas l'intérêt d'une rigidité dans un skwal.

Zarkod : ... Pour aller vite...

Manu : ... Si on veut faire des courbes il faut qu'il plie quand même le truc! Là il faut que toute la longueur de la carre appuie par terre. Ça, ça accroche à la neige. S'il est raide il n'y a que l'avant et l'arrière qui touchent et puis il continue tout droit! (rires) Ça ne va plus!

Zarkod : Penses-tu qu'il y a des améliorations à apporter au skwal ?

Manu : Ah oui, moi j'ai des bonnes idées là-dessus !

Zarkod : ... Le rétrécir par exemple ?

Manu : Moi je ferais quelque chose d'extrême, de la largeur de la chaussure. Donc plus étroit que ce qu'il y a actuellement, et quelque chose qui puisse aller dans la poudre.
J'augmenterais la surface totale en les allongeant quoi. Faire des rayons de courbure les mêmes que ce qu'il y a actuellement mais qu'on augmente la surface parce que l'engin serait plus long, et là on aurait une bonne portance dans la poudreuse, on flotterait et on ferait de belles courbes. Il faut calculer la flexibilité de l'engin sur une longueur comme ça pour que ça corresponde au rayon de courbure. Quand on arriverait sur le dur, ce serait le rayon de courbure qui ferait la courbe, et quand on serait dans la masse ce serait la flexibilité de l'engin et sa surface portante à l'avant et à l'arrière qui feraient la courbe. C'est l'avant et l'arrière qui s'appuieraient et le poids du bonhomme au milieu qui ferait la courbe. Donc on pourrait en jouant sur la flexibilité et le rayon de courbure aboutir aux même effets sur le dur et dans la poudreuse, à mon avis. C'est ça qu'il faudrait faire... En avant! On y va! (rires)

Zarkod : On va sortir un nouveau modèle! Non, j'ai vu qu'il y a des suisses qui en fabriquent, ils ont un site web, ils fabriquent des surfs alpins et apparemment aussi ils font des skwals...

Manu : Des skwals avec le talon qui se décolle? J'ai vu des skwals avec le pied arrière talon libre... Comme en télémark.

Zarkod : ... Tu as vu ça où ?

Manu : J'ai vu ça dans un rêve... (rires) Nan je sais pas, on m'en a parlé, ça doit marcher aussi...
Et puis il y a un petit artisan dans l'Ubaye qui a fabriqué des skwals aussi.

Zarkod : Ah... Il faut que j'aille le chercher lui aussi... Tu sais où il est ?

Manu : Ah... Oui! Mais non, je ne sais pas du tout! (Rires) Barcelonnette? Là-bas dans l'Ubaye, je ne sais pas où. J'ai vu un gars comme ça avec un petit skwal à Vars, et il m'a dit "Et bien c'est moi qui les fabrique, j'en ai fait quelques-uns...". Oui mais Patrick Balmain, il doit être au courant de ça, parce que je me demande si c'est pas lui qui lui a demandé de faire des protos...

Zarkod : As-tu un émail où les fans de skwal peuvent te contacter ?

Manu : Nan, j'en ai eu un mais j'ai tout arrêté, Ça déconnait (rires) !

Zarkod : ... Et un accès au web pour venir sur les forums de SkwalZone.org?

Manu : Ah ce serait bien, je vais être obligé de reprendre un abonnement à Internet alors!

Zarkod : Tu conseilles d'utiliser les bâtons pour débuter? Il y a des gens qui sont " pro bâtons " et d'autres qui disent que ça gêne les mouvements.

Manu : Moi je préconise un seul bâton! Le gars il s'arrête, Pof, il s'appuie sur un bâton normal de ski. Il le tient par le milieu quand il évolue, et quand il arrête, Tac! Parce que chaque fois s'il faut s'asseoir c'est emmerdant... Pour apprendre c'est pas mal un bâton. On peut tourner autour en s'appuyant dessus dans les premiers virages. Même en changeant de main à chaque virage, pourquoi pas?
Mais je trouve que dans l'enseignement du skwal - de ce que je vois jusque là - c'est qu'on insiste pas assez sur le dérapage et on veut tout de suite passer au virage coupé. C'est vachement délicat, on a qu'un seul appui. A ski c'est facile parce qu'on a la bonne inclinaison, enfin on corrige par l'écartement des pieds.
Il faut déraper. Il faut être capable de faire des petites godilles dérapées comme ça tout doucement, au ralenti.
Il faut savoir le faire de toute façon et bien même si on veut sortir d'une courbe coupée, pour s'arrêter, pour éviter quelqu'un.
D'ailleurs Patrick Balmain avait une cassette d'enseignement du skwal (NDLR :skwalmasutra) où il faisait beaucoup de dérapages. On le voyait déraper, marche arrière, marche avant, dérapage, et toupie, un peu tout ce qu'on fait avec un surf. Il faut passer par-là. Quand on apprend à faire du surf alpin, on passe pas tout de suite au virage coupé !

Zarkod : ... C'est plus évident de déraper avec un surf qu'en skwal, ce n'est pas très naturel.

Manu : Oui c'est vrai, mais il faut apprendre quoi, c'est pas évident au début...

Zarkod : Tu veux ajouter quelque chose ?

Manu : (…) A mon avis l'erreur de Balmain dans tout ça... (clin d'oeil), ça a été d'essayer de faire croire à tout le monde que c'était facile. Les bons surfeurs, les bons skieurs qui ont voulu s'y mettre à qui on a dit que c'était facile et qui n'y arrivaient pas se sont dit "ça n'est pas pour moi" ou cela ne les intéresse pas parce que c'est dit "facile". Et les débutants qui veulent essayer, ils trouvent que c'est très dur…
Si on dit que c'est facile personne n'en veut quoi…

Zarkod : ... Comme première glisse c'est quand même difficile !

Manu : Moi je trouve que c'est très difficile pour apprendre, pas d'équilibre latéral, il y a des trucs pour lesquels c'est très pratique, pour passer dans une queue de téléski, là c'est beaucoup plus pratique qu'un surf, on fait de la patinette, tu enlèves un pied, tu peux faire des virages sur un pied, remonter une pente rapidement. En surf, si on enlève un pied c'est dur, on est emmerdé.

Zarkod : …Par contre c'est vrai que pour remonter les téléskis en skwal si c'est verglacé…

Manu : Ah si! C'est bien. Très très pratique pour les téléskis! On peut tomber et se relever facilement.

Zarkod : …(NDLR : pas trop d'accord) Oui mais comme on n'a pas beaucoup de vitesse, si c'est glacé quand tu tombes sur les hanches, tu as vite fait de te faire mal.

Manu : …Et bien pas plus qu'avec autre chose. Par exemple quand tu tombes au téléski avec des skis, c'est dur de se relever finalement. Tu te laisses traîner sur le dos, pour te remettre dans l'axe mais c'est dur.
En skwal tu te relèves tout seul.

Zarkod :(NDLR : allez j'insiste) Par contre la stabilité, comme il n'y a pas beaucoup de vitesse, c'est un peu un problème…

Manu : C'est là qu'intervient l'apprentissage du dérapage…il faut être capable au téléski de faire ça dans la montée. Il faut être capable de changer de direction tout le long. La stabilité vient des changements de direction. Ah! (NDLR : il voit que je reste un peu perplexe…)
C'est pour ça qu'on n'est pas stable dans un virage coupé d'ailleurs, sans mettre la main par terre par exemple. Parce qu'on est sur une arête, sans possibilité de déraper et donc on a du mal à changer le rayon de courbure. On est sur une courbe avec le corps incliné à l'intérieur du virage, et il faut que ça corresponde à la vitesse que tu as. Si tu es en train de perdre l'équilibre vers l'intérieur, c'est difficile de réduire le rayon pour te rattraper, si tu es déporté vers l'extérieur, c'est difficile d'agrandir le rayon. Donc, c'est pour ça que ça n'est pas stable quoi, et c'est pour ça qu'on met la main par terre d'ailleurs, tu vois, même les plus forts, qui font des virages extrêmes… On est obligé de se rattraper un peu avec la main, parce qu'on est pas foutu de changer le rayon du virage facilement, alors que quand on dérape, là on change le rayon comme on veut. Donc, c'est pour ça que c'est stable sur le téléski (rires)…

Zarkod : Merci Manu de nous avoir accordé cette interview, et peut-être à bientôt sur les forums de SkwalZone.org ou au détour d'une piste des belles stations des alpes du sud!

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